Lettre de Monseigneur Micas à propos de la loi sur la fin de vie.
Une fois encore, une majorité des députés qui siègent à l’Assemblée nationale de notre pays a voté un projet de loi menteur : donner la mort pour défendre la dignité de la vie est un non-sens anthropologique et un mensonge grave, un mensonge à la hauteur de ceux qui, depuis les origines, défigurent l’humanité prétendant la sauver. Mon cœur d’être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu pleure. Il y a du mal dans le monde. Il y a des maladies. Il y a des situations de souffrances physiques ou psychiques terribles. Malgré les énormes avancées réalisées dans la manière d’accompagner ces souffrances, la médecine ne peut pas tout. Je comprends combien il peut être insoutenable de souffrir infiniment et de ne pouvoir rien y faire. Je comprends combien il peut être insoutenable de voir souffrir une personne que l’on aime, et de ne rien pouvoir faire pour empêcher sa souffrance. Je comprends combien cette impuissance peut être terriblement frustrante. Mais il y a un nouveau saut anthropologique extrême à décréter que dans ces situations, les personnes souffrantes ont perdu leur dignité. Comment peut-on humainement penser que permettre que la vie soit enlevée, d’une manière ou d’une autre (suicide assisté ou euthanasie), rend la dignité à la vie ? C’est un mensonge anthropologique digne des grands mensonges de l’histoire humaine qui ont tué des millions de gens « pour les sauver » !
Aujourd’hui, mon cœur de prêtre pleure. Le jour de mon ordination il y a 35 ans, j’avais choisi de mettre ma vie de prêtre sous l’éclairage d’un verset de l’évangile desaint Jean : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Choisir la vie et non la mort, parce que nous avons ce choix là nous révèle Dieu (Cf. Dt 30, 15-20), est un acte profondément humain, un acte humain qui manifeste la véritable dignité de l’homme : non pas celle que les autres humains lui reconnaissent, mais celle qu’il porte en sa nature et rien ni personne ne peut anéantir, pas même la maladie, la souffrance ou le péché. Accompagner les personnes en grande détresse d’affection, d’amour et de sécurité, c’est cela qui respecte leur dignité ! Assurer les personnes dont on prend soin qu’elles peuvent se sentir en sécurité entre nos mains, que jamais nous le leur suggèreront, plus ou moins subtilement, qu’elles sont pour nous une charge, c’est cela qui respecte leur dignité !
Aujourd’hui, le cœur du « Gardien de la Grotte » (comme on dit à Lourdes pour parler de l’évêque) pleure. Combien de pèlerins souffrants viennent auprès de Marie, l’Immaculée Conception, confier leur détresse, leur souffrance, celle de leurs proches ; tous, ils viennent chercher (et trouver !) réconfort, consolation et force ; tous, ils viennent se plonger dans ce qui manifeste la véritable dignité humaine : l’amour, le regard bienveillant des autres, une main qui console et soigne, la joie de chanter et de prier avec d’autres, la sécurité d’un lieu où on n’a pas peur de vivre et d’aimer la vie, la vie en abondance !
“ Il y a en l’homme les signes d’ une transcendance
qui surpasse toutes les lois
et conventions des hommes et des sociétés ”
Aujourd’hui, mon cœur de citoyen français pleure : de colère, de honte et de peur… Comment mon pays, ce pays qui s’est tant battu dans son histoire pour garder sa dignité et sa liberté, peut-il se soumettre ainsi aux sirènes trompeuses qui lui font appeler vie et dignité, la mort et la résignation. Comment pouvons-nous imaginer les avancées remarquables de la recherche scientifique et médicale sans la frustration des échecs répétés ? Si la mort est la solution, à quoi bon chercher à vivre ? Si « l’aide à mourir » est préférable à l’aide à vivre, l’humanité sera-elle plus humaine ? Les disciples du Christ, et les croyants d’autres religions, mais aussi bien des personnes humaines, des soignants ou des « anonymes » de toutes convictions, savent ou ont l’intuition que nous sommes « citoyens du Ciel » : il y a en l’homme les signes d’une transcendance qui surpasse toutes les lois et conventions des hommes et des sociétés, une humanité qui ne dépend pas du regard des autres, ou même de soi. Alors, il me reste un espoir : que les personnes choisissent toujours la vie, même entravée, et non la mort facilitée ! Ce n’est pas parce que la loi aide la mort, qu’il faut la choisir ; tant qu’il n’est pas interdit de vivre, choisissons donc la vie, quel qu’en soit le prix ! Nous le devons à notre humanité. Nous le devons à l’espérance qui tourne les hommes « vers l’avant et vers l’en-haut », comme l’aurait écrit Teilhard de Chardin. Nous le devons aux personnes les plus fragiles qui sont confiées à nos soins : afin qu’elles n’aient jamais peur de remettre leur vie entre nos mains !
+ Jean-Marc MICAS, évêque de Tarbes et Lourdes
