Avec Mgr Micas, une journée où les victimes de violences sexuelles ont la première place.

Le Diocèse de Tarbes et Lourdes a accueilli, mardi 30 juin, l’ultime étape de Renaissance, un projet de création d’une mosaïque monumentale de 50 m², conçu comme un hommage aux personnes victimes de violences sexuelles et un chemin de réparation. Plus de 100 participants venus de toute la France, d’Angleterre, de Belgique, d’Italie, d’Espagne et des États-Unis, se sont retrouvés pour réaliser le 200ᵉ et dernier fragment de cette œuvre collective.

Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes et gardien de la Grotte, a chaleureusement accueilli les participants, salle Gerlier, dans le Sanctuaire de Lourdes : « C’est très impressionnant ce qui se passe aujourd’hui ici, je suis très ému de retrouver quelques visages connus… »

« Alors je me suis tue. » Une jeune femme des Hautes-Pyrénées (qui a souhaité garder l’anonymat) a ensuite pris la parole : « J’ai enfoui cette histoire pendant des années tout au fond de moi, sous une épaisse plaque de fonte. » Elle a partagé son témoignage sur les quatre années de violences sexuelles qu’elle a subies enfant, commises par un prêtre de sa paroisse. Poignant.

Après, Sœur Samuelle, ermite, artiste mosaïste et survivante d’abus au sein de l’Église (notamment victime de Rupnick) a présenté le sens de l’œuvre Renaissance. Elle a rappelé que les tesselles ont été envoyées dans le monde entier afin que des survivantes et survivants de violences sexuelles, mais aussi des personnes concernées de près ou de loin par ces histoires, puissent y inscrire, au dos, « une phrase intime, un élan poétique ou un secret libéré » avant qu’elles ne soient intégrées à l’œuvre. « C’est le cœur battant de la mosaïque », insiste-t-elle.

À l’origine du projet se trouve le cinéaste Quentin Delcourt. En 2024, il imagine une œuvre capable de faire dialoguer l’art, la mémoire et la réparation. Sa rencontre avec Sœur Samuelle va lui donner forme. Ensemble, ils conçoivent Renaissance. Lui en portera le développement qu’il accompagnera par la production et la réalisation d’un film documentaire (La Symphonie des tesselles, en salle l’année prochaine). Sœur Samuelle le dessinera et en créera la mosaïque monumentale de 12,5 mètres sur 4.

Depuis avril 2025, les 200 fragments composés de dizaines de tesselles ont ainsi été créés dans plusieurs pays avec des personnes victimes dans l’Église, dans le cadre familial ou dans d’autres lieux et circonstances de vie. Les premiers fragments, dominés par le gris, le noir et des lignes brisées, évoquent les blessures. Les derniers s’ouvrent progressivement vers des teintes d’ocre et d’or, où les lignes retrouvent leur unité, comme un chemin d’espérance.

Dans le jardin de verdure situé face à la Grotte des Apparitions, sous le regard de Quentin Delcourt et de son équipe qui tournaient les dernières images du documentaire, Sœur Samuelle a invité ceux qui le souhaitaient à participer à la réalisation du dernier fragment en posant une tesselle. Rejoint par le Père Michel Daubanes, recteur du Sanctuaire, Mgr Jean-Marc Micas a ouvert le geste en déposant la première pièce.

« Seigneur, la symphonie des tesselles n’est pas l’effacement des brisures, elle est la rencontre de vies singulières qui refusent que la violence ait le dernier mot… » La séance atelier s’est conclue par une prière écrite pour l’occasion. Elle a été lue face à la Grotte. « Que ces vies brisées ne soient plus abandonnées mais reconnues comme un appel à la conversion de toute l’Eglise. »

Dans un climat fraternel, la journée s’est terminée autour d’un goûter qui avait la saveur de l’amitié.

Ce fut « une rencontre historique, dense et émouvante, qui restera profondément gravée dans ma mémoire » aux dires d’une participante. Au lendemain de l’événement, les larmes aux yeux, un autre participant a voulu confier : « Une armure que j’avais créée autour de mon corps et de mon cœur s’est fissurée. J’ai compris aujourd’hui qu’il y a dans l’Église des personnes respectables et pleines d’humanité. »

Anne Jarneau,
DEPLA du 65

Symphonie des tesselles diocèse Tarbes et Lourdes 30 juin 2026    Mgr Micas, le Père Michel Daubanes, Sœur Samuelle et Quentin Delcourt avec les participants, mardi 30 juin, face à la Grotte. Cette journée dense et émouvante restera gravée dans les mémoires (photo AJ).

Lire le texte intégral de la prière « La Symphonie des tesselles » composée par Fabienne