Catéchumènes et néophytes : passer de « je suis croyant » à « je suis chrétien »
Cette année, en France, 13 234 adultes ont été baptisés à Pâques. Dans le diocèse de Tarbes et Lourdes, ils étaient trente-deux à recevoir le baptême au cœur des Vigiles pascales : dix-sept femmes et quinze hommes, âgés de 18 à 58 ans.
Ils ont été baptisés dans leur communauté paroissiale respective, à Tarbes – en la cathédrale N.-D. de la Sède, à Saint-Antoine et à Saint-Jean -, à Laloubère, Lannemezan, Bagnères-de-Bigorre, Lourdes, Vic-en-Bigorre, Loures-Barousse ou encore Pouyastruc.
Désormais néophytes, comment ces jeunes baptisés se projettent-ils dans la vie paroissiale ? Comment les communautés locales peuvent-elles les accompagner ?
Une expérience personnelle et parfois mystique
Au début, c’est souvent une expérience personnelle, presque mystique, qui vient happer la personne. C’est ce qu’a vécu Johann, 42 ans, alors qu’il traversait depuis des mois une période de souffrance à la suite d’un violent burn-out : « J’essayais de mettre en place des routines et de me raccrocher à des choses que je maitrisais, comme le sport par exemple, mais cela ne m’aidait qu’un temps et je ne m’en sortais pas. J’étais rattrapé par un immense sentiment de solitude et de fatigue. Et puis, un jour, j’ai senti une grande présence ; j’ai su que c’était Dieu. Je ne le connaissais pas mais j’ai su que c’était Lui. J’ai pleuré sur ma vie et je me suis senti libéré. » Johann a alors entrepris un chemin pour recevoir le baptême.
Dieu se manifeste ainsi dans la vie de ceux qui le cherchent, dans le secret de leur cœur. Il se révèle, en réponse à une quête intime et profonde. C’est également ce qu’a expérimenté David, originaire de Vic-en-Bigorre. A 55 ans, il explique comment il recherchait Dieu depuis l’enfance lorsqu’un un grave accident a enclenché quelque chose dans sa vie : « Il y a un an, je suis tombé d’un toit. Au moment de ma chute, j’ai senti que quelque chose me retenait à la vie. J’avais depuis toujours le cœur tourné vers Dieu mais je me sentais illégitime. Au cours de ma convalescence, le désir de Dieu a grandi et j’ai décidé de devenir chrétien ».
Pourtant, être chrétien n’est pas un état de vie pour soi-même. Être chrétien implique, par définition, l’expérience de la communauté, terreau de la communion. Alors, une fois le déclic fait, une fois la rencontre avec Dieu ressentie, comment devient-on chrétien ?
Les témoignages sont tout à fait explicites : on ne devient pas chrétien parce qu’on expérimente une manifestation soudaine de Dieu dans sa vie. Si c’est le point départ, il faut ensuite entreprendre une démarche pour passer du ressenti de Dieu à l’expérience de la foi chrétienne, vécue et pétrie en Église. En somme passer de « je suis croyant » à « je suis chrétien » ; passer d’une certitude personnelle à la foi en Église. « Au début, j’avais l’impression d’avoir le feu en moi et je croyais pouvoir convertir tout le monde. Mais je suis allé à la messe, j’ai rencontré une assemblée de fidèles, j’ai échangé avec le curé et j’ai compris que le temps du catéchuménat allait être une préparation à la vie en Église » témoignait l’un des trente-deux catéchumènes du diocèse, à la veille de son baptême.
Alain ABELA a reçu le baptême durant la nuit de Pâques, le 4 avril 2026, entouré de la communauté paroissiale. Ici, avec l’équipe pastorale, les religieuses du carmel apostolique et ses amis.
La découverte de la communauté
Les prêtres et les équipes d’accompagnement jouent un rôle clé. Lorsque Johann a fait la connaissance de Frère Joseph CANTOUNET, il s’est senti très vite accompagné et porté par la prière : « Je n’allais pas à la messe pour rencontrer des chrétiens mais simplement parce que j’avais rendez-vous avec Dieu. Pourtant, on m’a accueilli les bras ouverts, je ne m’y attendais pas et je peux dire que cela a tout changé ! ».
Du côté de Vic-en-Bigorre, David reste ému en évoquant l’accueil qui lui a été réservé : « J’étais attendu et on m’a accueilli avec amour fraternel. Aussi, j’ai beaucoup de reconnaissance vis-à-vis du Père Raphaël de LASSUS et de toute la communauté chrétienne. J’avais très à cœur de recevoir le baptême dans cette église de Vic-en-Bigorre, entouré des chrétiens de ce lieu ».
Par leur baptême, les catéchumènes, devenus enfants de Dieu, sont entrés dans le temps du néophytat : ils sont des néophytes. Un terme qui provient du grec neophytos et qui signifie nouvellement planté. Ces néophytes sont en effet les jeunes pousses dans notre Église et ils convient de les aider à grandir dans la foi ! A l’occasion de l’Assemblée plénière des évêques de France, en mars dernier, Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon et évêque référent pour le catéchuménat au sein de la Conférence des évêques de France, a évoqué ce nouveau grand défi qui se dessine pour l’Église : « accompagner (les catéchumènes) dans la durée pour leur permettre de devenir disciples, et donc des membres à part entière des communautés paroissiales ».
Le néophytat peut durer deux à trois années ; en réalité il dure le temps qu’il faut pour que la personne prenne part à la mission de l’Église. Pour faciliter ce déploiement, Mgr de Germay suggère que « les catéchumènes soient incorporés à une communauté chrétienne avant même leur baptême ».
Ainsi, dans les paroisses, dans les vallées, dans les villes et les villages, nous sommes invités à soutenir les néophytes et les confirmants. C’est par notre capacité à les accueillir et par la force de notre prière, en Église, que nous pouvons participer à cette prière de Jésus : « que tous soient un, afin que le monde croie ».
Dans le diocèse de Tarbes et Lourdes, trente-deux adultes ont reçu le baptême au cœur des Vigiles pascales : dix-sept femmes et quinze hommes, âgés de 18 à 58 ans. Ici à Trie-sur-Baïse, à Pouyastruc et en la cathédrale de Tarbes.
Sondage auprès des catéchumènes et des néophytes :
Un sondage réalisé en France entre janvier et mars 2026 auprès de 1450 catéchumènes et néophytes, et dans soixante diocèses, met en lumière les facteurs déclenchant les demandes de baptême et le lien des jeunes baptisés à la Bible. A travers ce sondage, on observe que 40% des catéchumènes se sont mis en chemin vers le baptême à la suite d’une épreuve qui a déclenché chez eux une quête de sens. La maladie (personnelle ou pour celle à un proche), le décès (d’un ami, d’un parent, d’un grand-parent…) sont des épreuves qui amènent aux questions existentielles de la vie. Un tiers des catéchumènes affirme également avoir vécu une expérience spirituelle forte. Contrairement à ce que nous pourrions penser, l’influence des réseaux sociaux reste assez modeste avec seulement 11% des catéchumènes qui affirment avoir demandé le baptême après avoir suivi des influenceurs.
Quel a été l’élément déclencheur de votre demande de baptême ?
- Vous avez vécu une épreuve (maladie, deuil…) qui a déclenché une quête de sens 40%
- Vous vous posiez des questions sur la religion chrétienne 34 %
- Vous avez vécu une expérience spirituelle forte 32%
- Vous êtes entré dans un lieu porteur et avez touché par la beauté du lieu : église, chapelle, abbaye .. 23%
Les nouveaux baptisés sont très nombreux à participer régulièrement à la messe.
90% d’entre eux sont des pratiquants réguliers, c’est-à-dire qui participent à la messe au moins une fois par mois. Près de 50% participent à la messe chaque dimanche et 17% y vont également pendant la semaine.
L’engagement paroissial
Les nouveaux baptisés prennent leur place dans la communauté paroissiale :
40% d’entre eux participent aux célébrations, aux groupes de partage, aux fraternités, quand 42% s’engagent auprès de leur paroisse et au sein de mouvements pour proposer des activités pastorales, rendre service ou encore prendre soin des plus pauvres.
Les nouveaux baptisés partagent qu’ils se sentent soutenus par la communauté paroissiale, même si parfois ils se sont sentis seuls. Cependant, 8% avouent avoir décroché de la vie paroissiale.
Comme les catéchumènes, les nouveaux baptisés expliquent qu’ils ont un lien fort avec la Parole de Dieu et une régularité dans la lecture de la Bible :
- Vous lisez l’évangile ou les textes de la messe chaque jour 20%
- Vous lisez un passage de la Bible chaque jour 20%
- Vous l’écoutez régulièrement grâce à des applis de prière, des podcasts… 46%
- Vous l’écoutez lorsque vous participez à la messe 74%
Après leur baptême, les néophytes reçoivent les deux autres sacrements d’initiation : l’Eucharistie puis, à Pentecôte, la confirmation.
Dans le diocèse de Tarbes et Lourdes, les trente-deux adultes, jeunes baptisés de Pâques, recevront le sacrement de confirmation avec cinquante autres adultes, lors des Vigiles de Pentecôte, en la cathédrale de Tarbes.




