mardi 11 août 2026

A printemps 2025, la paroisse du Pays d’Argelès-Gazost avait innové en matière de Pastorale du Tourisme, en créant une commission Art et Culture. Cette équipe constituée de sept laïcs et d’un prêtre de la paroisse a pour objectif de faciliter les organisations de concerts dans les églises en soignant la collaboration entre le propriétaire, souvent la Mairie, et l’affectataire, autrement dit la paroisse. Un cadre posé, comme un exemple qui pourrait être suivi petit à petit dans les autres paroisses du diocèse. Il ne s’agit pas de censurer l’élan artistique et culturel, bien au contraire, mais de l’accompagner pour qu’il soit encore davantage au service du Sacré.
C’est ce que nous explique Paul BERRETROT, cheville ouvrière de cette commission.

Qui peut organiser un concert dans une église ?
Tout le monde en a la possibilité en réalité. Seulement, il faut garder en tête qu’une église n’est pas un lieu ordinaire ni une salle de spectacle : c’est avant tout un lieu de prière. Cela suppose que les personnes qui veulent en disposer pour se produire soient, à minima, sensibilisées à ce qu’est une église, à son mobilier liturgique, à ce qui s’y vit habituellement. Voilà précisément le premier rôle de notre commission Art et Culture : accueillir l’ensemble des demandes de manifestations culturelles et transmettre aussitôt à celui qui en est l’organisateur, des éléments clés ou quelques règles d’usage et de respect des lieux. Nous travaillons avec le prêtre bien évidemment et en collaboration étroite avec les Mairies, propriétaires des édifices le plus souvent. La commission a mis en place un process d’accueil, avec un document tout à fait pédagogique. C’est un support pour amorcer et faciliter les échanges ; il est en cours de diffusion dans les quarante-quatre églises ou chapelles de notre paroisse et dans les mairies qui le souhaitent.

Une fois les règles posées, la commission décide donc si tel ou tel concert peut avoir lieu dans telle église.
Quels critères peuvent conduire à un refus de votre part ?
C’est effectivement le second objectif de cette commission. Après la phase d’explication et d’accueil, nous devons discerner et avoir la capacité d’accepter ou de rejeter la demande de manifestation. Sur la paroisse du pays d’Argelès-Gazost, nous comptons un peu moins d’une centaine de concerts par an ; chacune fait l’objet d’une réflexion de notre part. Nous regardons de près le type de musique et nous nous assurons que les organisateurs sont disposés à garder une attitude respectueuse de l’église et du mobilier liturgique. Par exemple, on ne déplace pas l’autel, on n’utilise pas l’ambon comme élément de décoration, on considère la dimension sacrée, en particulier dans le chœur de l’église. Bien sûr, on ne peut pas préjuger des attitudes avant le concert, mais il vaut mieux prendre le temps d’expliquer en amont. Sur cent cinquante demandes de concerts, au cours des deux dernières saisons, nous en avons refusé deux. Dans les deux cas, nous avons bien réalisé à quel point il est important d’intervenir dès la demande initiale, avec un argumentaire clair. Nous pouvons essayer de trouver des solutions mais l’idéal est que ce soit l’organisateur qui s’ajuste au lieu dans lequel il veut se produire.
Quand la commission valide une demande, nous mettons en place une convention. Il est très important d’avoir un document écrit, qui scelle l’engagement des deux parties. Nous ne voulions pas alourdir la procédure avec des paperasses administratives, mais force est de constater que ce document est un gage de confiance, signé par le curé de la paroisse et le demandeur.

Est-ce que cela ne suffirait pas que des paroissiens soient présents à chaque manifestation pour veiller au bon déroulement des choses ?
C’est une pratique déjà mise en place et indispensable, mais qui ne suffit pas. Les informations et l’engagement, avant le concert, permettent que les choses soient plus simples le jour de la représentation. Les bénévoles de nos paroisses sont présents pour ouvrir les églises, accueillir, répondre aux questions, veiller à ce que tout se passe bien puis refermer l’église. Toutes ces personnes sont comme des sentinelles de notre patrimoine religieux : leur travail est précieux mais la responsabilité d’accepter ou de refuser une manifestation dans l’un de nos lieux de culte ne peut pas dépendre d’elles.

Au fond, quel est l’enjeu de votre commission ?
L’enjeu principal est que le patrimoine religieux puisse être toujours un lieu de recueillement et de prière pour la communauté chrétienne, tout en permettant un déploiement culturel lorsque celui-ci n’est pas incompatible avec le Sacré. L’autre enjeu est de ne pas laisser les curés, affectataires des églises, seuls face à ces décisions.