Pour la première fois, l’Église reconnait bienheureux et martyr un prêtre de notre diocèse…

Le 13 décembre prochain, à Notre-Dame de Paris, un prêtre de notre diocèse sera béatifié avec 49 autres martyrs de l’apostolat morts par haine de leur foi sous le régime nazi. C’est un évènement marquant et une grande grâce pour notre diocèse et pour l’Eglise tout entière. C’est aussi une figure spirituelle et un témoignage de vie à découvrir et à méditer. En effet, depuis la béatification de sainte Bernadette, le 16 juin 1925, dont nous célébrons d’ailleurs en cette année jubilaire le 100ème anniversaire, aucune figure spirituelle née sur nos terres n’avait reçu une telle reconnaissance. Ne manquons pas toutefois de mentionner la figure du vénérable Père Jean-Louis Peydessus (1807-1882), prêtre diocésain, fondateur des Missionnaires de l’Immaculée Conception (Pères de Garaison) dont la cause n’a pas abouti à ce jour.

Extraits de l’entretien avec Pascale Leroy-Castillo, responsable du service diocésain des Archives et du Patrimoine.
Pascal, Amédée, Joseph Vergez est né le 27 mars 1910 dans la maison familiale à Aucun dans le Val d’Azun. Il a été baptisé quelques jours après sa naissance par le curé de la paroisse et a grandi au milieu des siens avec sa sœur. Marie, sa mère lui avait appris à faire sa prière et il aimait se rendre dans l’église du village pour prier aux pieds de la statue de la Vierge Marie. On sait qu’au lendemain de la première guerre mondiale, il se rendit avec la paroisse d’Aucun en pèlerinage à Lourdes. Avec les enfants de la vallée, il reçut le sacrement de la confirmation le 19 mai 1921 dans l’église de Luz-Saint-Sauveur. Il a donc grandi comme la plupart des enfants de son temps dans une vallée pyrénéenne.
Quand il aborda le sujet de sa vocation avec ses parents, un témoignage rapporte qu’il répondit à son père qui n’y était pas vraiment favorable : « ce n’est pas un métier mais une vocation ; je me sens capable d’aider les autres et puis Dieu sera toujours près de moi, comme vous l’êtes aussi. » Cet appel lui serait venu lors de sa confirmation et s’est affirmé peu à peu. Il entra donc au petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre (1922-1929) puis poursuivi sa formation au grand séminaire de Tarbes.
Il fut ordonné prêtre le 2 juillet 1935 dans la basilique Notre-Dame du Rosaire à Lourdes en même temps que cinq autres prêtres du diocèse. Dès 1934, ayant été remarqué par ses qualités humaines, le supérieur du grand séminaire l’avait envoyé au petit séminaire de Saint-Pé comme surveillant. Il y retourna après son ordination comme professeur de Français et de Latin. Le dimanche et pendant les vacances, il prêchait dans les paroisses et aimait se rendre à Lourdes. Nous n’avons que très peu d’informations sur son ministère dans les archives.
Mobilisé en 1939 dans le Service de santé, l’abbé Pascal VERGEZ est fait prisonnier et envoyé en captivité en Allemagne au Stalag IV B à Mühlberg-sur-Elbe, avant d’être désigné pour un Kommando à Halle, puis à Schkopau à une trentaine de kilomètres de Leipzig. Il y est affecté à un travail dans un laboratoire d’une usine chimique et est aumônier du camp. Il a ainsi répondu à l’appel de Monseigneur RODHAIN qui demandait aux prêtres prisonniers de se mettre au service des jeunes prisonniers français pour leur apporter un soutien moral et spirituel dans les camps.
L’abbé avait trouvé un appui auprès de l’abbé WESTKAMM, doyen de Merseburg, où il put, au moins pendant un certain temps, célébrer la messe. Il consacra beaucoup de temps à confesser, notamment avant la fête de Noël 1943.
Par son rayonnement, il suscita des conversions dont deux baptêmes. Il soutient l’Action catholique, en particulier celle d’un groupe d’étudiants parmi lesquels un certain nombre de scouts, dans la chambre desquels il célébrait clandestinement la messe à partir du moment où il ne lui fut plus possible de la dire en public. Il encouragea aussi la création d’une équipe de visiteurs de malades à l’hôpital.
L’abbé VERGEZ est arrêté en septembre 1944 par la Gestapo, alors qu’il célébrait la messe (sans autorisation) dans une baraque du camp. Il se savait surveillé depuis un moment pour son activité religieuse. Traité avec violence, il est conduit en prison puis envoyé au camp de travail de Spergau puis de Zöschen. Déjà affaibli par la prison, puis par le régime du camp, le travail exténuant, le froid et le manque de nourriture, il tombe rapidement malade et meurt le 14 décembre 1944.

L’abbé Pascal VERGEZ avait déclaré : « Prêtre, je le suis ; prêtre, je le serai jusqu’à ma mort. » Il a tenu parole.

A ce jour, nous n’avons pas retrouvé de façon certaine sa tombe. On sait seulement qu’il a été enterré à Zöschen en Allemagne où se trouve d’ailleurs un mémorial avec le nom des 500 disparus. La mémoire familiale rapporte qu’un peu de terre avait été envoyée à sa famille. Nous poursuivons donc les recherches sur sa sépulture.

Depuis que nous avons appris la béatification de l’abbé Pascal VERGEZ cet été, nous travaillons au sein du diocèse, avec notre évêque et les prêtres de la paroisse d’Argelès dont Mgr Jacques PERRIER, mais aussi avec le service communication du diocèse à la fois sur le plan historique à la recherche d’archives et de témoignages mais aussi à la préparation de cette béatification et à une série d’évènements et de célébrations à venir. Une délégation du diocèse se rend d’ailleurs à Paris le 13 décembre avec Mgr MICAS et quelques membres de la famille de l’abbé VERGEZ. Nous allons aussi proposer dans les semaines et mois à venir diverses manifestations dont une exposition itinérante permettant de faire connaître la vie de ce martyr de notre diocèse qui, par son parcours tout en humilité n’avait jusqu’à ce jour pas laissé de traces dans les mémoires de notre église locale.

Il est mort en martyr à cause de sa foi dans une période trouble de l’Histoire. Prêtre diocésain, il a accompli son ministère avec humilité dans son diocèse comme enseignant et pasteur puis comme aumônier des camps en fidélité à son engagement.
Il est un exemple d’homme et de prêtre qui a donné sa vie pour le Christ, jusqu’à la mort.

A noter :
• Messe de béatification à suivre en direct sur KTO. Messe présidée par le cardinal Jean-Claude Hollerich. Cathédrale N.-D. de Paris à 14h30. Une délégation du diocèse s’y rend : notre évêque, des chrétiens du Val d’Azun, des membres de la famille VERGEZ (fils d’un cousin)
• Évènement dans le diocèse de Tarbes et Lourdes : samedi 25 avril à Aucun – Conférence de Monseigneur Perrier, évêque émérite de Tarbes et Lourdes, à 16h30, puis messe en l’église d’Aucun à 18h, présidée par notre évêque Monseigneur Micas.

Nous vous en dirons plus prochainement !

                           Bienheureux Pascal Vergez